WJ-SPOTS#1 <43> Douglas E.Stanley

Douglas Edric Stanley,
Artist & Digital arts Teacher in Aix-en-Provence
- Artiste, professeur d'arts numériques à l'École Supérieure d'Art d'Aix-en-Provence
- website : http://www.abstractmachine.net
(Texte en français plus bas)

/  One of the distinctive features of the Internet is that its definition is
constantly changing. Like Heraclitus’ river, Internet changes with
each passing second. This perspective makes it difficult to talk about
it only as an artistic medium, even though it has had an impact on all
of the arts. This is an idea that fell through the cracks during the debate
on the Hadopi law (French Internet regulation legislation), during
which people spoke about the net as a simple telecommunications
medium competing with media that had come before it. The truth is
that we do all sorts of things with Internet, and not that many of them
have anything to do with “cultural consumption”: people talk, do
research, calculate, write, hang out, spy and get off — art is far from
being the only, or even the dominant, activity on the Internet. It’s all
mixed together. In fact, by mingling so intimately with different forms
of expression on the net, and not only in competition with them, art
can take on the role either of operator, content, or container — or
some combination of all three. That’s a radical change because from a
certain perspective, art has become the ready-made for those who
previously did not “make art.” Which is one of the reasons why artistic
creation may seem so hesitant on the web, or so difficult to define.
It’s more like sociology, because we’re still discovering what’s already
there; as if the artwork was saying nothing more than “this is the Internet.”
As such, art becomes almost a short cut, a way of perceiving the
phenomenon differently (cf. wefeelfine.org).
//  Of course, some artists have come up with meaningful modes of
expression, but it seems like they were apparent almost immediately.
JODI, for example, invented an esthetic form that was so meaningful
in its interaction with the apparatus that one might wonder just how
meaningful it is, as an artist, to work with systems that are based on
“plug-ins,” as so many of us do. In the wake of JODI, Shockwavebased animations appear suspiciously cosmetic. Some artists have
managed to break free from this curse, like Turux, but most of the
sites that use plug-ins still have that cosmetic feeling. An alternative
would be to interact with the web as a milieu (be it social, political,
economical, esthetic, semiotic), as is the case for the Radical Software
Group, Christophe Bruno, Aram Bartholl, or UBERMORGEN.
///  To be honest, though, what really interests me in the Internet is
everything else, and in particular everything connected to its use.
The web is above all a matter of usage: the production of use and the
interconnection of new types of use. It’s probably one of the reasons
why the web is so ugly: we’re not dealing with a communications
system but a system of interrelations. Hence a contradiction: while
the overriding trend today is towards content management, very few
people actually host content on their own machines. Most of the time
people aren’t even aware that their own machines can circulate
content directly. One of my favorite sites is “localhost,” or “127.0.0.1”
in geek talk: you type «http://localhost » and your navigator will try
to navigate on your own machine as if it were a different machine.
It’s ironically one of the least visited sites in the world, even though
everyone (potentially) has it on his or her own machine. For most
people, « http://localhost » is asleep, and doesn’t circulate any content,
as much for technical (communications security) as for political
reasons (territorial integrity). This contradiction gave rise to services
like Facebook, YouTube and MySpace, all of which are based on the
crude, yet revealing experiment which was AmIHotOrNot.com.
Regardless of the firewalls, regardless of the fact that we navigate
alone on the net, we still have that simple urge to meet other people
on the other end of the line. “Click here to meet me.”
/// / One of my most recent online pieces tries to get closer to this
world of the Web’s “users”, by using its latest fad, Twitter. After some
use, I have to admit being pleasantly surprised by the platform’s
malleability, its ability to adapt to different uses, most of them unknown
to its designers. This openness has led to a new form of writing that
reveals something about the humanity of those who use it.
For example, I was moved by the fact that many people, from many
different languages and cultures, will almost systematically say
“goodnight” on Twitter. It’s silly and moving at the same time: I tell you
goodnight, I say goodbye, and that we will no longer be communicating
tonight — thereby producing the promise of new potential encounters.
Hence my new series of pieces on Twitter, each of which tries to reveal
something within that unidentified promise
 
 

/ Un des traits distinctifs d'Internet vient
de sa définition fluctuante. Comme le
fleuve d'Héraclite, d'un instant à l'autre
Internet n'est plus tout à fait le même.
De ce point de vue, il est difficile de parler
uniquement d'un support artistique,
même si forcément tout champ de création
se trouve affecté par son existence.
C'est un détail qui s'est beaucoup perdu
lors des débats sur la loi Hadopi,
lorsqu'on a voulu réduire Internet à un
support de télécommunications en
concurrence avec les supports précédents.
La réalité, c'est qu'on fait tout un tas de
choses sur Internet, et très peu ont à voir
avec de la "consommation culturelle":
discuter, chercher, calculer, écrire, flâner,
mater, jouir — l'art est loin d'être la seule
activité, ou l'activité dominante. Tout s'y
mêle. De ce fait, pour côtoyer très intimement d'autres formes qui s'y trouvent, et
pas forcément en concurrence, l'art peut
devenir tour à tour opérateur, contenu,
contenant ou une combinaison des trois.
C'est une modification radicale puisque
c'est l'art qui devient le ready-made pour
les autres; pour ceux qui auparavant
"ne faisaient pas de l'art".
C'est probablement une des raisons pour
laquelle la création peut sembler si timide
sur le web, ou si difficile à identifier.
C'est presque de la sociologie, car on
découvre que c'est comme si l'œuvre ne
disait rien d'autre que "voici Internet".
Dans ce cas, l'art devient presque un
raccourci, une manière de percevoir le
phénomène autrement (cf. wefeelfine.org).
// Évidemment, certains artistes ont trouvé
des formules pertinentes, mais j'ai envie
de dire qu'elles se sont posées presque tout
de suite. JODI, par exemple, a généré une
forme plastique qui s'est située de manière
si pertinente au niveau du support que, du
coup, on peut se poser des questions sur
la pertinence de travailler en tant qu'artiste
avec des systèmes à base de "plug-in"
comme beaucoup d'entre nous.
À côté de JODI, faire du Shockwave ressemble toujours un peu à de la décoration.
Certains ont réussi à s'y échapper, comme
Turux, mais la plupart des sites à base de
plug-in souffrent de ce côté décoratif.
Une autre alternative serait les travaux
d'intervention sur le web comme milieu
(social, politique, économique, esthétique,
sémiotique, peu importe). On pourrait
parler dans ce cas du Radical Software
Group, de Christophe Bruno, Aram
Bartholl, ou UBERMORGEN.
/// Pour tout dire, ce qui m'intéresse sur
Internet, c'est tout le reste; à commencer
par tous les phénomènes liés aux usages.
Le web est avant tout une question
d'usage, de production d'usages et de mise
en relation des nouvelles formes d'usage.
C'est probablement une des raisons pour
laquelle le web est si moche : on n'est pas
dans un système de communication mais
plutôt dans un système de relation.
De cette problématique naît une contradiction : alors qu'aujourd'hui tout tend
vers une prise en charge de la production
de contenus, peu de personnes hébergent
leurs contenus sur leurs propres
machines. La plupart du temps, les gens
ignorent même que leur machine peut
servir également de distributeur direct de
contenus.
Un de mes sites préférés c'est "localhost",
ou "127.0.0.1" en langage geek. En tapant
"http://localhost" votre navigateur cherchera
à naviguer sur votre propre machine comme
si elle accédait à une machine extérieure.
Ironiquement, c'est un des sites les moins
utilisés au monde alors que tout le monde
l'a (potentiellement) dans sa machine.
Pour la plupart des gens, "http://localhost"
est endormi et n'émet pas de contenus,
autant pour des raisons techniques
(sécurité des communications) que
politiques (sécurité du territoire).
C'est de cette tension que naissent des
services comme Facebook, YouTube ou
MySpace, tous les trois basés sur cette
expérience à la fois crue mais révélatrice
(AmIHotOrNot.com). Malgré les firewalls,
malgré le fait que nous naviguons seul(e)s
sur le réseau, il reste néanmoins ce désir
simple de rencontrer d'autres personnes
de l'autre côté de la ligne : "click here to
meet me".
//// Une de mes dernières pièces en ligne
tente d'approcher ce monde des "usagers"
de Web, à travers le dernier phénomène
à la mode, Twitter. J'ai été agréablement
surpris en me servant de cette plate-forme
de sa malléabilité, c'est-à-dire de sa capacité
à s'adapter à divers usages, la plupart
insoupçonnés par ses concepteurs.
De cette ouverture naît une nouvelle
forme d'écriture qui révèle quelque chose
de l'humanité qui s'en sert.
J'ai été très touché, par exemple, de
constater que beaucoup de gens, dans
beaucoup de langues et de cultures, et
avec une fréquence quasi permanente,
disent "bonne nuit" à travers ce service.
C'est à la fois ridicule et touchant : je vous
dis bonne nuit, je vous dis au revoir, je
vous communique que nous ne communiquerons pas ce soir. De là naît une
promesse de nouvelles possibilités de
rencontres. C'est de là qu'est née ma
nouvelle série de travaux sur Twitter,
chacun tentant de révéler quelque chose
de cette promesse indéfinie
 
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