Editorial
Artisans électroniques
10 au 20 octobre 2012, Pau
Depuis 40 ans, le vocabulaire n'a cessé d’évoluer pour désigner les pratiques artistiques liées à la technologie et à la science contemporaine. Au-delà d’une approche purement technique, le festival accès(s) considère les technologies du point de vue artistique et anthropologique en privilégiant les œuvres et démarches qui interrogent les effets de la généralisation des technologies sur nos cultures et nos sociétés.
Pour sa 12ème édition, le festival accès(s) poursuit dans cette direction en explorant la figure de l'artiste-artisan dans le champ de l’art, du design et de la recherche musicale, affirmant aussi sa volonté de valoriser les rencontres de savoir-faire.
Nouveau type de laboratoire numérique qui a explosé en 2011, le FabLab (pour Fabrication Laboratory) est un lieu de fabrication d'objets qui se développe autour de machines-outils pilotées par ordinateur (qui vont de l'imprimante 3D à la découpe laser). Sorte de mini-usine, le FabLab, permettrait à tout un chacun, sans connaissance technique préalable, de fabriquer en un nombre réduit d'exemplaires à peu près tout et n'importe quoi. Une version contemporaine du bricolage cher à Claude Lévi-Strauss, mais conçue et réalisée par des hackers du monde entier travaillant en réseaux.
Le FabLab consisterait en une sorte d'utopie réalisée, rappelant nos lointains jardins ouvriers grâce auxquels nos aïeux retrouvaient le goût du partage et d’une production « à échelle humaine ». Dans l’esprit du Do It Yourself, la fabrication numérique renoue avec les principes fondateurs du mouvement artistique et politique anglo-saxon Arts&Crafts du XIXème siècle où le bonheur résidait dans l'artisanat, car un individu au travail ne peut s'épanouir et être fier de son ouvrage, que s'il participe à chaque étape de sa fabrication. Une question essentielle pour nos « artistes-artisans » contemporains, soucieux de mener une vie unitaire et créative, de faire se rejoindre l'art et la vie, de « construire » leurs propres outils, et par là même, leur univers, leur épanouissement.
L'édition 2012 du festival tentera donc d'identifier sur quels paradigmes se basent les artistes-bricoleurs de génie d'aujourd'hui. Assistons-nous à un renouvellement de l'artisanat avec le numérique ? Où est-ce l'inverse ? Le monde numérique, qui avait tendance à perdre le souffle de ses premières années, piégé qu'il était par une quête infinie de « l'innovation », serait-il renouvelé par le retour à une forme d'artisanat ? Quelles sont les conséquences esthétiques, sociales, économiques et politiques pour l'artiste lorsque celui-ci se trouve incorporé au monde de l'invention, de l'innovation, des « industries créatives » ? Quel est l'impact sur l'engagement unitaire de l'artiste avec sa propre vie ?
Pour refléter ces questionnements, trois champs d'investigation qui s'entrecroisent nous intéressent particulièrement cette année.
La « révolution fablab » et le renouveau de la fabrication numérique en général. Un nouvel horizon abordé par l’exposition de travaux d'artistes engagés dans l'usage de machines à commande numérique pour la réalisation d'œuvres d'art plastique ; et par des expérimentations, rencontres et réflexions sur les répercutions socio-économiques de ce nouveau mode de la création dans l'art et le design.
La dimension artisanale de la recherche musicale et de la nouvelle lutherie électronique. Un monde passionnant exploré au travers d'une exposition sur les origines du « Son Graphique » en Russie dans les années 20-30 et sur des filiations contemporaines possibles entre arts plastiques et création sonore ; une convention « nouvelle lutherie électronique » ouverte aux bidouilleurs d'instruments et autres machines à bruits ; et une série de concerts proposés par des musiciens qui fabriquent leurs propres instruments originaux.
Les liens curieux entre développeurs-bidouilleurs géniaux et technologies d'espionnage et de surveillance. Partant de la figure tutélaire du musicien russe Léon Thérémin, inventeur du premier instrument de musique électronique devenu espion du KGB, seront questionnées les technologies de l’espionnage et la protection de la vie privée, depuis les services secrets américains dans les années 70 jusqu’à la résistance activiste de la galaxie hacker.
Une programmation s'adressant aussi bien aux experts qu'au grand public, rassemblant artistes, designers, architectes, conférenciers, musiciens, performeurs, bricoleurs et hackers !
Ewen Chardronnet, commissaire
Pauline Chasseriaud, directrice
Plus d'infos fin juillet sur : www.acces-s.org
accès(s) est soutenu par la Communauté d'agglomération Pau-Pyrénées, le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques, le Conseil Régional d'Aquitaine, la DRAC Aquitaine et le DICRéAM.
Les lieux et partenaires du festival : le Musée des Beaux-arts de Pau, le Conservatoire Musique et Danse de Pau, la Médiathèque André Labarrère et le Réseau de lecture publique de la CDA PP, l'Ecole Supérieure d'art des Pyrénées, la Galerie GSN, les Master Art et le Laboratoire ITEM de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, la Centrifugeuse/Maison de l'Etudiant, le Cinéma d'art et d'essai le Méliès, la Route du Son/Assocaition Ampli, les ACP, le Comité des Fêtes et de promotion de la ville de Pau, le Bel Ordinaire, Trotek, MCD.