Les Bains Numériques à l'heure Coréenne

La sixième édition des Bains Numériques se déroulera à Séoul en Corée du Sud en octobre. Une délocalisation qui souligne les enjeux de réseau d’un festival à l’historique bien établi et, plus largement, des manifestations internationales dédiées aux arts numériques.

Pour son édition 2011, les Bains Numériques investiront l'Art Center Nabi de Séoul, dans le prolongement d’un partenariat qui avait déjà été mis en avant l’an passé. Une programmation partagée entre la France et la Corée qui fera encore la part belle aux dispositifs de téléprésence — avec, en ouverture, The Last Wall de Yun Jung Kim. Une performance basée sur les principes de la danse et du jeu, qui questionne la possibilité d’une communication nouvelle face à ce dernier mur qui sépare encore le sud et le nord de la Corée…Et Intangible Reflexions, une installation / déambulation proposée par le designer Maurizio Galante qui puise son inspiration dans la nature et la mythologie. Une allégorie de la vie que l’artiste revisite dans cette proposition composée d’une forêt de fils rouges suspendus.  Comme une invitation toute à la fois onirique et sensuelle, le spectateur est convié à pénétrer dans cet espace magique… Une délocalisation ponctuelle qui marque une étape importante dans l’historique d’un festival numérique pionnier et qui offre ainsi une bonne occasion de faire un point d’étape avec Dominique Roland, directeur des Bains numériques et du Centre des Arts d'Enghien-les-Bains.

Dominique, les Bains Numériques affichent désormais cinq éditions au compteur. Quel bilan tireriez-vous de ces années, en termes d’affluence et de propositions artistiques notamment ?
Je pense simplement que, malgré la lourdeur inhérente à un évènement de cette taille, qui court sur dix jours, nous avons pu en cinq ans fixer dans le paysage français et international un évènement à la fois de découverte pour le public sur les arts numériques et une programmation transdisciplinaire. Le festival s’est créé au départ avec une approche surtout professionnelle, un peu comme dans un festival comme Via, et c’est ce qui a d’ailleurs donné naissance au RAN (Réseau d’Arts Numériques). Mais en ouvrant les arts numériques dans l’espace public et dans l’espace urbain, nous avons aussi réfléchi sur ce qu’était l’art dans une ville. Le tout était de trouver une bonne mise en équation entre des propositions artistiques ouvertes vers le public et un temps plus professionnel car nous avons beaucoup évolué en termes d’affluence, en passant d’une jauge de 7000 personnes pour la première édition à 34000 pour la dernière. Au début, les gens ne savaient finalement pas trop ce que c’était que l’art numérique. On pensait aménagement du territoire mais pas à un art qui proposait une palette de propositions autour des rapports arts/science, des musiques électroniques, de la danse, des installations, du rapport de langage entre les oeuvres et le public — à travers la déambulation dans la ville —, des arts visuels en lien avec l’architecture et l’espace public, des arts sonores. Il était donc important pour nous de créer un précédent avec un évènement identifié et en accès libre. Et dès la deuxième édition, nous avons développé cette ouverture sur l’espace public. Du point de vue professionnel, nous avons soutenu des enjeux importants avec, par exemple, les compétitions danse & technologies qui concernent davantage les programmateurs. Nous avons opté pour une plus grande incidence internationale car comment fixer les arts numériques si les professionnels du monde entier ne voient pas les oeuvres émergentes, alors qu’il y a peu d’économie ou de diffusion ? Le festival est là pour être un lieu de découverte et en même temps un lieu où les professionnels vont pouvoir accroître leur expérience en voyant des présentations d’artistes, de lauréats. C’est pour cela que nous avons créé des prix pour les artistes, puis des accompagnements en résidence. Des créations comme celle d’Adrien Mondot [Adrien M], Hermself de Sandra Devaux, trouvent un véritable écho à l’international. C’est une manière de partager ces enjeux de production. Pour nous, il y a un véritable intérêt à pointer à la fois l’émergence d’une création numérique expérimentale, à fixer des rencontres professionnelles et à s’ouvrir largement à un public non initié.

Cette année les Bains Numériques quittent leur sanctuaire d’Enghien-les-Bains pour une édition 2011 qui se déroulera en Corée. Comment s’est monté ce projet ? Je suppose que cela a pris forme dans le prolongement de l’édition 2010 qui consacrait déjà un partenariat fort avec la Corée et le Art Center Nabi de Séoul, autour notamment de performances en temps réel en téléprésence ou d’installation de jeunes artistes numériques coréens…
Il est important que l’on ait en France un évènement de marque qui ait une résonance internationale. Mais nous travaillons également en réseau et, dans les rapports de réciprocité du réseau RAN — dont est membre le Art Center Nabi de Séoul —, la Corée avait déjà été accueillie en France. Pour cette édition, la programmation sera partagée. Cela fait aussi partie d’un enjeu de territoire et de partage d’expertise. Avec nos différences de culture, il faut voir comment on peut arriver à travailler ensemble et élargir notre réseau de diffusion et de présentation de projets. Il aurait été trop lourd de faire deux éditions cette année, une en France et une en Corée, d’autant plus qu’il y a aura encore de la téléprésence… De toute façon, l’édition coréenne se tiendra du 15 au 22 octobre et, du coup, l’édition 2012 des Bains à Enghien va venir vite derrière. Elle portera quant à elle une collaboration plus marquée avec Futurs En Seine. Tout cela est très complémentaire et vise à structurer des projets de réseau international, comme le projet en cours Mobilité Art Digital Europe (MADE) qui sera présenté justement aux Bains Numériques en 2012 en partenariat avec Futurs en Seine.

Est-ce que l’avenir des festivals numériques passent par ces partenariats rapprochés, par la mise en réseau des forces vives qui le constituent ?
C’est l’avenir tout court des festivals, mais l’avantage des arts numériques est qu’ils sont au coeur des nouveaux usages. Comment mieux partager des espaces qui soient constitutifs de véritables réseaux de villes ? Comment partager des problématiques ? Il y a une vraie recherche de convergence. Par exemple, en 2012, la SAT (Société des Arts Technologiques de Montréal) sera présente à Enghien. Les enjeux avec le public, les problématiques de ville, sont différents entre Montréal et Enghien mais il y a un vrai défi à préparer des évènements qui pourraient aussi se dérouler à Séoul, ou à Rio. Actuellement, il y a une réduction des moyens financiers, donc ce type d’approche permet de mieux savoir ce que font les acteurs du numérique sur une cartographie internationale. Il faut mutualiser les budgets de coproductions et les circuits de distribution. Il faut aussi créer un véritable marché de l’art numérique, avec des fonds d’acquisition, etc.

propos recueillis par Laurent Catala
(article publié dans MCD #63, Guide des Festivals Numériques 2011-2012)

Ouverture: Samedi, 15 Octobre, 2011,
Enghien-les-Bains / Séoul
Site: www.cda95.fr/programme/bains-numeriques

Publié dans Digitalarti Mag #7

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