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Diagonales

Omniprésent mais insaisissable, immatériel et toujours changeant, le son est l’objet d’un intérêt croissant de la part d’une nouvelle génération d’artistes français. Il est utilisé dans des pratiques interdisciplinaires et souvent associé à la lumière, autre média immatériel. Il est également apprécié pour son originalité et ses moyens de production faciles à mettre en œuvre et trouve ainsi naturellement sa place dans des œuvres contemporaines.

Médium visuel
Mais le son a aussi des qualités propres qui le rendent intéressant en lui-même. Souvent méconnues par les lieux et institutions culturelles, ces qualités sont exploitées par la nouvelle génération d’artistes, et c’est en analysant leurs œuvres qu’on pourra les révéler. De telles œuvres sont audibles et visibles dans des galeries et des musées et aussi dans un parcours inédit d’expositions appelé Diagonales, qui jusqu’en janvier 2011 décline dans différents lieux culturels français les multiples tendances artistiques ayant trait au son.
Tout en étant diffus et informe, le son peut en effet être défini selon différents critères ou tendances en raison des rapports très particuliers qu’il entretient avec le visuel, l’espace, le temps, ou encore la perception et le mouvement. Plusieurs des artistes exposant dans le cadre de Diagonales s’intéressent au rapport entre le sonore et le visuel : par exemple, dans l’installation Prototype pour scanner (2006) de Céleste Boursier-Mougenot, un microphone attaché à un ballon gonflé à l’hélium génère des larsens à l’approche de haut-parleurs disposés sur les murs de la salle.
Cette œuvre parvient à corréler son et vision grâce aux mouvements du ballon : les sons sont retranscrits dans le médium visuel, et inversement, le mouvement devient sonore. Le ventilateur placé au centre de la salle initie les mouvements du ballon, qui déterminent à leur tour les larsens, permettant l’association d’éléments disparates et a priori indépendants.

Caméras de surveillance
L’installation transcom 1 (2010) que Boursier-Mougenot a exposée en 2010 à La maison rouge à Paris, noue un rapport tout aussi improbable entre le son et le visuel : ici deux ballons munis de caméras de surveillance se déplacent dans la pénombre d’une salle où sont disposés des écrans et des miroirs. Les images de la salle, des visiteurs et de leurs déplacements sont diffusées sur les écrans et réfléchies par les miroirs. La salle est plongée dans un bourdonnement généré par les images : ce son est obtenu en branchant le signal vidéo sur un amplificateur audio et varie donc en fonction de la lumière et des mouvements captés par chaque caméra. Ainsi, la position des ballons détermine les images qui à leur tour définissent le son.
Cette transcription directe de l’image en son évoque les expériences historiques de Nam June Paik, dont les téléviseurs préparés étaient branchés sur des sources sonores afin de modifier l’image. Dans l’installation de Boursier-Mougenot, il s’agit également d’une manipulation électronique d’apparence banale, mais dont la démonstration revêt une certaine magie. À la différence des œuvres d’art numérique, où la correspondance entre le son et le visuel se fait par le médium numérique interposé, cette installation les relie directement, mettant en valeur la matérialité de leur rapport.
Par ailleurs, le titre de l’œuvre évoque la transcommunication, un phénomène paranormal de communication avec les morts. Cependant, ici, les reflets dans les miroirs ne sont pas ceux du défunt mais ceux du visiteur lui-même. L’œuvre déclenche un processus de mise en abîme où le visiteur, confronté à son image filmée sur l’écran, à ses reflets dans la glace et aux images de ces reflets, se trouve immergé dans un monde surveillé et inquiétant.

Vernis phosphorescent
Là où Céleste Boursier-Mougenot, ex-compositeur pour le théâtre, nous fait voir et entendre les liens entre sons et visuels, Dominique Blais, autre artiste français privilégiant le son, joue sur la fragilité et l’incertitude de leur relation. Dans Les Disques (2009), œuvre exposée dans le cadre de Diagonales, des cymbales en céramique suspendues par des fils tournent grâce à un moteur, frôlant d’autres cymbales posées par terre. Plutôt que des sons percussifs, ces objets produisent des bruits de frottement sourds, contrariant l’attente du visiteur et questionnant la fiabilité de la perception.
Sans titre (Déplacements) (2010) de  Blais, exposé cette année au Domaine de Chamarande, joue aussi avec l’illusion et l’absence. Lorsque le visiteur circule dans les espaces d’exposition au rez-de-chaussée du château, il perçoit des coups sourds et des bruits de frottement et de pas qui résonnent à l’étage supérieur auquel le public n’a pas accès. Inquiet et perplexe, le visiteur tente d’interpréter ces sons par des scenarii visuels imaginés. Constituée d’une bande-son de bruits enregistrés lors de déplacements de meubles par l’artiste, cette œuvre aux frontières de la fiction et la réalité génère une tension constante et habite l’espace tout entier malgré son immatérialité.
Également marquée par l’ambivalence de la perception, une deuxième œuvre à Chamarande, Sans titre (Évanescence) (2010), est constituée par un vieux radiateur en fonte dont les faces intérieures sont recouvertes d’un vernis phosphorescent et les faces extérieures de peinture blanche. Cet objet de notre quotidien devient ici porteur d’incertitudes et de doutes car à la lumière du jour, il semble flotter dans une certaine immatérialité. Sa lourde masse blanche est doublement contrariée, par l’apparente transparence de ses faces intérieures et par une bande-son diffusant le tintement délicat de l’eau qui coule dans des tuyaux. Le sonore et le visuel ensemble font osciller la perception du public d’un objet massif à une entité fantomatique et sans substance.
En outre, le radiateur, qui n’est pas branché sur un système de canalisation, n’a pas non plus de son propre puisque ce dernier émane d’un haut-parleur placé à proximité. En privant le radiateur de sa fonctionnalité et en le dissociant du son, Blais nous invite à réfléchir à la forme et aux caractéristiques de l’objet en lui-même, nous permettant de remettre en question nos souvenirs et nos idées préconçues quant à cet appareil familier.

Sentiment du sublime
Dans le travail de l’artiste Pascal Broccolichi, le son a peu de rapport avec le quotidien et devient un phénomène qui incarne l’infini ou l’inimaginable, suscitant le sentiment du sublime. Une des photographies couleur de 1998 qu’il expose dans le cadre de Diagonales présente des formes enroulées sur elles-mêmes. Ce travail a été réalisé dans le cadre de sa recherche sur un phénomène acoustique rare et difficile à concevoir, celui de la réverbération infinie, selon lequel, dans certaines conditions, le son se mettrait à évoluer en spirales perpétuelles.

Rahma Khazam
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