Compagnie théâtrale à forte inclinaison aquatique, Ilotopie a réservé aux spectateurs du festival de rue de Chalon-Sur-Saône la primeur de sa nouvelle création fluviale, Les Oxymores d’Eau. Un spectacle multimédia et nocturne, à la fois poétique et technologique, qui questionne les modus operandi d’une troupe d’acteurs/activistes pour le moins singulière. Entretien avec Bruno Schnebelin, Directeur Artistique de la troupe.
L’originalité de la compagnie réside en premier lieu dans le fait du choix de l’eau et des espaces liquides (fleuves, bassins) comme lieu de représentation. En quoi l’élément liquide est-il un lieu de création et de représentation particulièrement pertinent pour vous ?
En fait, en trente ans d‘existence, la compagnie n‘a pas toujours été sur l‘eau. En termes de création, je veux dire. Car le point de départ d’Ilotopie remonte effectivement au moment où nous sommes allés à quelques-uns squatter et habiter une île en Camargue que nous avons transformée en lieu de création nautique. Pour tout dire, nous sommes revenus sur l’eau pour plusieurs de nos créations depuis huit ans car l’espace public s’est étiolé. La liberté de création dans le champ urbain s’est un peu étranglée et il n’est pas facile de faire des choses. Par contre, l’eau reste un espace vierge. Il n’y a pas de voitures, pas de blocages particuliers. Nous avons la technologie qui va avec. Mais nous nous sommes un peu mis là-dedans par dépit aussi.
Comment se compose l’équipe d’Ilotopie ? Y a-t-il une équipe technique et une équipe de comédiens ?
Il y a une seule équipe de quinze personnes. Une seule équipe de mauvais techniciens et de mauvais comédiens (rires). Nous construisons tout nous-mêmes mais sans être de véritables spécialistes. Le principe est d’ailleurs de faire ce que l’on ne sait pas faire. Et cela pose plein de problèmes car jouer sur l’eau, dans des autobus, dans des forêts, ça n’est pas toujours simple. Ce que l’on cherche, c’est d’amener les spectateurs dans des lieux particuliers. Et nous n’utilisons pas la parole. Nous sommes dans une société de l’image où la parole est ségrégative. Alors que les images, tout le monde peut les voir et les comprendre. Nous ne sommes pas narratifs.
La date de fondation d’Ilotopie remonte à 1980. Je suppose que les possibilités techniques ont grandement changé depuis cette période. Est-ce que l’amélioration des technologies, numériques notamment, a eu une incidence sur les modes de travail de la compagnie ?
S’il y a eu évolution technologique pour nous, elle est plutôt liée au son. Ou au pilotage des machines qu’on utilise. Car, pour les images, on n’utilise pas beaucoup de vidéos. Pour le son, nous utilisons des batteries gélifiées car on ne veut pas dépendre de l’électricité de la ville. Nous passons donc aussi par des panneaux photovoltaïques. Dans ces conditions, ce n’est pas facile de faire un son correct, donc il faut aussi des bons convertisseurs car il y a plusieurs problèmes techniques à résoudre avec du son produit par le soleil. Nous travaillons aussi avec des LED, ce qui fait qu’un spectacle comme Les Oxymores est un peu sombre car les LED n’ont qu’une portée de 15 mètres. De toute façon, que ce soit pour Les Oxymores ou pour un autre spectacle comme Les Fous de Bassins, on se pose toujours la question de tirer le maximum d’énergie de ce que l’on amène sur le site. Avec l’idée de voir comment faire un spectacle sans son côté « showbiz ». Mais cela reste toujours insuffisant en lumières.
En quoi Les Oxymores d’Eau constituent une évolution par rapport aux créations précédentes d’Ilotopie ? Quels ont été les défis majeurs d’une telle création, notamment en termes de contraintes techniques avec toutes ses structures flottantes (méduses lumineuses, voie ferrée, etc…) et les embarcations ? Comment vous-y êtes vous pris pour dépasser toutes les contraintes techniques ?
Il y a beaucoup d’ingénierie dans Les Oxymores D’Eau. La voie ferrée n’a pas posé beaucoup de problèmes, mais à la fin du spectacle il y a ces structures appelées simplex qui s’élèvent par une série de compression et de tension avec des câbles et leurs systèmes élévateurs au milieu de l’eau. L’acteur se trouve à l’intérieur de ces structures et sa vie est en jeu. Nous n’avons de toute façon pas fini de travailler, ni de maîtriser, ces structures. Sinon, la scénographie est un peu lourde. Trois « climats », trois tableaux se succèdent, qu’il faut détruire pour laisser la place au suivant, mais les éléments restent là. On ne peut pas les gommer. En plus, il y a cent mètres d’ouverture de scène pour le public et il faut qu’il puisse voir correctement. L’idée est d’arriver à une bonne articulation entre écriture et technique et nous allons évidemment reprendre des choses sur ce spectacle. Comme par exemple, ces grands chevaux qui arrivent sur l’eau à moment donné, que nous allons améliorer et transformer. Cela ne nous pose pas de problèmes, nous avons notre atelier où nous fabriquons tout nous-mêmes. On aime apprendre.
Laurent Catala
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