
Structure travaillant au rapport entre nouvelles technologies et art, l'entitébelge LAb-au est parvenue à centrer sa réflexion – et sa production –autour de principes liés à l’architecture et à l’urbanisme. Uneapproche transdisciplinaire traduisant le caractère innovantd'architectes actifs dans le domaine de l’art numérique, comme l'adémontré leur installation Binary Waves, l'an dernier sur les bords duCanal de Saint-Denis.
Comme le précise Els Vermang, l'une des quatre membres du collectifLAb[au] (avec Manuel Abendroth, Jérôme Decock et Alexandre Plennevaux),c'est dans l'idée d'une certaine continuité d'un projet comme le Poèmeélectronique de Le Corbusier, travail de design collaboratif pour lepavillon Philips de l'expo universelle de 1958 auquel participèrent desartistes comme Xenakis, Agostini ou Varèse, et préfigurant laconception de l'espace, du son, du visuel et du mouvement dans un toutcohérent et interdisciplinaire, que s'inscrit le travail de LAb[Au],forme de "trans-architecture" d'un espace augmenté, conçu par et autourdes événements qu'il abrite.
Els, un des axes méthodologiques fort de Lab[au] réside dans leprincipe de Metadesign, une pratique qui interroge la mise en relationdes nouveaux médias, des technologies de l’information et de lacommunication et de leurs modalités d’intégration aux constructionsspatiales…
Le MetaDeSIGN est une philosophie du design déterminée par lestechnologies de computation et de communication ayant pour but de créerdes systèmes basés sur des paramètres et des processus relativementproches de ce que l’on pourrait appeler le parameter design ou leprocess based art. En bref, l’architecture et l’urbanisme sont desdisciplines structurelles se concentrant sur l’organisation defonctions alors que le MetaDeSIGN se concentre sur l’organisation del’information. Pour donner un exemple, la sculpture lumineuse,interactive et cinétique Framework 5*5*5 est un élément architecturalqui peut être considéré comme un paravent, remplissant la fonction dediviser l’espace et de filtrer la lumière mais elle est pilotée par lesdonnées contextuelles, celles des mouvements des gens aux alentours,qui constituent la couche Meta du projet.
Lab[au] est basé à Bruxelles et dispose d'un espace dédié…
Dans cet endroit, le MediaRuimte ‘01t XYZ’, se trouvent non seulementnos bureaux et notre atelier, mais aussi un espace galerie géré parLAb[au]. C'est une plateforme pour l’art, le design et la culturenumérique, avec une programmation centrée sur ce medium et sesmultiples formes d’expression. MediaRuimte accueille différentesactivités, des expositions (MR.xpo), des présentations d’artistes(MR.ini), des concerts ou performances audiovisuelles (MR.wav), desconférences (MR.txt), des essais et études publiés en ligne (MR.www),des résidences d’artistes / production d’œuvres artistiques (MR.tmp),des ateliers (MR.exe) et nos propres recherches et développements(MR.lab). Cette plateforme existe depuis l’automne 2003 et est situéeau centre de Bruxelles, l’espace ouvert au public se déployant sur 3niveaux pour une surface totale de 300 m2. L’intention principale deLAb[au] était de créer une plateforme expérimentale faite PAR desartistes, POUR des artistes, et où les expériences sont partagées avecle public.
J’ai été particulièrement intéressé par l’installation BinaryWaves, présentée dans le cadre de l'exposition-parcours de Synesthésie,Manières de fluer, dans le cadre de la Biennale Art Grandeur Nature2008…
Binary Waves est une installation urbaine cybernétique se basant sur lamesure des flux et leur transposition en principes lumineux, sonores etcinétiques. Cette relation entre l'installation et l'activité urbaines’effectue en temps réel et permet la prise en compte du public qui, entant qu’élément du contexte urbain, devient une composante même del’installation (…) qui est constituée d’une série de 32 panneauxmobiles et lumineux de 3 mètres de haut et de 60 centimètres de large,espacés d’environ 3 mètres de manière à former un mur cinétique. Leurmouvement est géré par des microcontrôleurs permettant de déterminerprécisément la vitesse et l'angle de rotation des panneaux. Cesmicrocontrôleurs sont reliés à des senseurs infrarouges, capturant lesflux infrastructurels aux alentours, et à des antennes, capturant leschamps électromagnétiques, ces données déterminant ainsi la fréquencede l'impulsion et l’amplitude de rotation des panneaux. Ce principecinétique s'inspire de la propagation des ondes dans l’eau, élémentqui, via la proximité du canal, était l’un des paramètres majeurs ducontexte urbain de l'installation.
Tu parlais tout à l'heure du dispositif Framework 5*5*5*,récemment présenté à la Galerie Numeris Causa à Paris. Il me sembleparticulièrement significatif de l’action de Lab[au]. Autant que lerésultat artistique procédant des sérigraphies "illimitées" généréespar l’ordinateur, et obtenues à partir de ces cadres tournants, c’estle principe de réflexion autour des concepts de configuration spatialeet lumineuse qui semblent être la plus importante ?
Effectivement, la sculpture F555 et les "notations" sontcomplémentaires et d’importance égale dans la transcription deconfigurations spatiales. Les deux médias – installationlumino-cinétique d’une part, l’impression de l’autre – visualisent leconcept d’espace et de la configuration lumineuse d’un volume, d'uncadre dans un cadre. Par ailleurs, l’un des objectifs de cette œuvreest la transposition d’une construction et d’un format bi-dimensionnelvers une construction et un format tri-dimensionnel. Une corrélationque nous percevons autant dans les carrés de Joseph Albers que dans lescubes de Sol LeWitt ou l’hypercube n-dimensionnel de Manfred Mohr.
Vous avez aussi pas mal travaillé sur des projets d’habillage visuel et lumineux autour de la Tour Dexia à Bruxelles…
Les projets sur la Brussels Dexia Tower développent trois axes :éclairage interactif (le projet Touch), génératif (Who’s Afraid of RGB)et performatif (Spectr|a|um). Nous avons inauguré ce cycle de projetsd’œuvres d’art lumineux sur ce bâtiment administratif de 145m de haut,à la fin 2006, avec Touch. Le projet permettait aux gens de créer, viaun écran multi-tactile disposé en face de la tour, des animations àpartir de points, lignes et surfaces, visualisées en temps réel sur les4200 fenêtres composant l’infrastructure lumineuse de la tour. Who’sAfraid of RGB a été conçu comme une série de travaux d’art génératifvisant à un éclairage permanent de la tour, et centré sur latranscription abstraite de données contextuelles, comme le temps ou lamétéo. Quant au projet Spectra|u|m, il englobait des concertsaudiovisuels et des œuvres d’art lumineux réalisés par une sélectiond’artistes internationaux — Holger Lippmann, Limiteazero et Olaf Bender— et de musiciens, Balanescu Quartet et Frank Bretschneider, sous lecommissariat de LAb[au], qui a créé pour la visualisation en temps réeldes sons produits par les musiciens un logiciel spécifique baptisé"silo" (Sound In, Light Out). Il est évident que l’échelle de cesprojets permet de toucher une large audience. Mais on ne peut pasmesurer la qualité et l’accessibilité d’un projet sur base de la taillede son audience.
La Tour Dexia était aussi un des "supports" de diffusion du projet Chrono …
La série Chrono traduit les unités de base du temps dans les couleursprimaires de la lumière: les heures en rouge, les minutes en vert, lessecondes en bleu. Suivant le principe de la synthèse de couleuradditive, la superposition des couleurs crée le jaune (rouge et vert),le cyan (vert et bleu), le mauve (rouge et bleu) et le blanc (rouge,vert et bleu). La réduction à un langage abstrait et géométrique decouleurs primaires permet d'associer Chrono au mouvement du "hard edge"des années soixante (cf. Barnett Newman), tout en le confrontant àl'approche paramétrique de l'art programmé. Chrono existe sousdifférentes formes : art lumineux exposé du crépuscule à l’aurore surla Tour Dexia en 2007, art génératif tournant en temps réel sur desNintendo DS ou sur un widget à télécharger et enfin sous forme de 24impressions générées par ordinateur, visualisant les 24 heures, soit86400 secondes d'une journée.
Tu citais Frank Bretschneider de Raster-Noton : j’ai crucomprendre que vous travailliez encore sur un autre projet ensemble.Peut-on dire qu’il existe une certaine collaboration sur la durée entreFrank Brestschneider / Raster-Noton et Lab[au] ?
Nous avons rencontré Frank début 2006 dans le cadre d’un Liquid Space,nos sessions de design collaboratif où nous nous associons à desartistes locaux pour créer des performances et installationsaudiovisuelles, lors de l’événement ClubTransmediale de Berlin. Ce futle point de départ de nos échanges et de notre amitié qui dure jusqu'àaujourd’hui. Cela a mené à Spectr|a|um et, espérons-le, à d’autrescollaborations futures. Il y a plusieurs projets en vue avecRaster-Noton, parmi ceux-ci une collaboration avec Olaf Bender(Byetone) et Mika Vainio, de Pan Sonic, qui a sorti plusieurs albumssur le label.
Des nouveaux projets en cours ?
En ce moment nous préparons une exposition au BOZAR, le Palais desBeaux Arts de Bruxelles, dans le contexte du Prix de la Jeune PeintureBelge, le prix consacré aux arts le plus prestigieux de Belgique, oùLAb[au] est sélectionné comme l’un des sept nominés et où nous seronsles premiers à présenter des œuvres d’art numérique dans ce contexte.
Laurent Catala
Site: www.lab-au.com
MediaRuimte: www.mediaruimte.be
Extrait de : MCD n°53
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