MCD


10 years of exclusive contents dedicated to digital arts and electronic musics, written by a team of professional journalists.

All our issues are bilingual (French/English). Quarterly magazine, available in print and pdf format.

Visit our Website : www.digitalmcd.com

Follow us on Facebook : http://www.facebook.com/digitalmcd

Follow us on Twitter : https://twitter.com/MCD_Mag

In English, en français


STRATEGIES MUSÉALES : art numérique et conservation

STRATEGIES MUSÉALES
art numérique et conservation

 

 

Pouvoir
faire l'expérience d'œuvres d'art numérique quelques années après leurs
créations peut tenir de la gageure : les ordinateurs et autres
matériels peuvent ne plus fonctionner, le code qui les compose n'être
plus lisible par des machines plus récentes…

Stratégies des musées
Quelquefois, on ne peut plus rien voir ou entendre. Et même si les
œuvres ne dépendent pas d'un dispositif technique qui leur sont propres
comme dans le cas de certaines installations, elles ont des supports
qui sont fragiles, avec une courte durée de vie, et qui nécessitent
donc une attention constante. Bien que de nombreuses approches existent
qui permettent de rendre pérennes les œuvres, au moins en partie, le
fait qu'il n'y ait pas de solutions miracles en matière de conservation
a limité (tout au moins jusqu'à présent) la diffusion des arts
numériques dans les collections publiques et privées.

Pourtant, en France comme à l'étranger, des musées et centres d'art ont
acquis des œuvres, des collectionneurs achètent auprès de galeries
spécialisées ou des artistes. Le marché de l'art, tout comme les écrits
sur l'art, qu'ils soient le fruit de critiques, d'historiens d'art ou
de journalistes, participent à l'attribution de la valeur aux œuvres,
et sont donc partie prenante dans la conservation des œuvres d'art
numériques (ce qui fera l'objet d'un autre article dans un prochain
numéro de MCD). Les artistes, quant à eux, se débrouillent pour que
leurs œuvres soient accessibles, la conservation étant intrinsèquement
liée à la mise à disposition de l'œuvre au public.

Ce premier article sur la conservation des arts numériques se penche
donc sur les stratégies des musées pour que les œuvres qu'ils ont
acquises puissent être montrées à court, moyen et long termes. Chaque
génération d'œuvres remet en question l'organisation du musée,
notamment la façon dont celui-ci traite les œuvres. Le recours depuis
le XXe siècle aux matériaux du quotidien par les artistes a obligé le
musée à penser différemment la manière de les montrer et de les
conserver. Les œuvres à composante technologique sont une nouvelle
étape qui pousse à revoir les pratiques d'exposition, et à
ré-interroger les œuvres plus anciennes à travers ce prisme.

Médias variables

L'approche des médias variables est la stratégie muséale la plus
sophistiquée pour appréhender les œuvres d'art numérique. Jon Ippolito
(artiste, enseignant et alors conservateur au Musée Guggenheim) en est
à l’origine. L’œuvre d'art n’est ainsi plus définie par son médium,
afin qu’elle puisse évoluer, être re-créée, par exemple, lorsque son
médium d’origine sera devenu obsolète. Chaque œuvre est envisagée
individuellement, plus comme une partition que comme un objet fini,
immuable. Le terme "médias variables" permet de désigner des œuvres
d'arts numériques, mais également toutes les formes d’art contemporain
basées sur le processus, et non plus l’objet, tel l’art conceptuel, le
land art, l’art minimal, la performance…

Pour conserver les œuvres de l'artiste américain Dan Flavin, le musée
Guggenheim a dû acheter un stock de tubes de néon rouge qui allaient
être retirés de la vente. C'est à partir de cet exemple, du côté
excessif de cette démarche, de sa part d'absurdité, que Jon Ippolito a
commencé à réfléchir à une alternative. Il y a vu les limites d'une
conservation basée principalement sur le remplacement des pièces
défectueuses.

Par exemple, il est possible de remplacer le néon rouge par une ampoule
halogène de la même couleur, et de recréer ainsi l'aspect extérieur de
l'œuvre. Or, l'artiste achetait ses néons au supermarché et la couleur
n'était pas nécessairement sa priorité. Au moment d'exposer l'œuvre de
nouveau, se pose la question de savoir s'il faut être fidèle à
l'intention de l'artiste et donc choisir de privilégier la variété de
néon disponible, sans tenir compte de la couleur ou du type de lumière
du néon, ou s'il faut être fidèle à l'aspect de l'œuvre au(x) moment(s)
où elle a été exposée, voire s'il faut adapter l'œuvre aux technologies
contemporaines à l'exposition. Jon Ippolito s'est donc demandé à qui
appartenait la décision.

C'est encore plus ardu dans le cas de Dan Flavin, celui-ci ayant
disparu. La réflexion de Jon Ippolito a trouvé un écho en la Fondation
Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie à Montréal qui
s'est associée à ces recherches. À la suite de la réflexion sur les
médias variables, la Fondation Langlois a lancé le projet DOCAM
(Documentation et conservation du patrimoine des arts médiatiques) dont
les résultats vont être publiés d'ici la fin de l'année 2009.

Stockage des données
Avec l'approche des médias variables, l'institution dialogue avec
l’artiste afin de connaître au mieux son intention, les
caractéristiques de l’œuvre, si l’artiste souhaite ou non que la forme
originelle de son œuvre varie et soit traduite dans un nouveau médium
une fois que son médium originel aura expiré. Les spécificités des
œuvres avec des composantes numériques sont prises en compte quand il
s'agit de déterminer la façon dont l'œuvre sera conservée par le musée
qui en a fait l'acquisition. C'est à l'artiste de décider, ce qui est
inédit et change le rapport entre l'artiste et le musée; ce dernier
incluant même le choix du premier dans le contrat qui les lie.

Quatre stratégies sont disponibles : le stockage tel quel des données,
la migration d’un support à l’autre, l’émulation, la ré-interprétation.
C'est cette dernière qui est l'apport original des médias variables
afin de pouvoir se dégager de l’aspect physique, technologique de
l’œuvre. Le stockage est la solution la plus classique, qui consiste à
entreposer les œuvres sur support numérique. L’œuvre disparaîtra quand
ses matériaux ou données seront devenus obsolètes. La migration
implique la mise à niveau d’un support à l’autre. Il y a migration
quand on convertit dans un nouveau format un fichier informatique, ou
qu’on l’enregistre dans une version plus récente. La migration peut
avoir pour conséquence le changement d’apparence d’une pièce, par
exemple si des fonctionnalités disparaissent d’une version à l’autre
d’un logiciel.

[...]

Anne Laforet

DOCAM : www.docam.ca
Variable Media Network : www.variablemedia.net
Seeing Double : www.variablemedia.net/f/seeingdouble/

 

 

Extrait de : MCD n°55 | Acheter ce numéro

En relation

user

Inscriptions ouvertes pour le 9ème Prix Arte Laguna

La nouvelle édition du Prix Arte Laguna, le concours international qui pr
by Arte Laguna Prize
user

Ecotone : rencontre avec Thierry Fournier

Dans le cadre de son programme d'accueil d'artistes en résidence,
by espacesynesthesie

Memorsion

Memorsion est une installation immersive audiovisuelle constituée d&rsquo
by Manuel Chantre

Double

L'installation audiovisuelle et interactive est constituée de plaques
by Manuel Chantre

Commentaires

Poster un nouveau commentaire

Type the characters you see in this picture. (verify using audio)
Rentrez dans la case les caractères que vous voyez dans l'image ci dessus, avec ou sans majuscule. Si vous ne parvenez pas à lire les caractères, cliquez sur envoyer pour générer une nouvelle chaîne de caractère.