Pierre Schaeffer a développé au tout début des années 60, dans le fil de ses expériences de musique concrète, le concept d'objet sonore, extension de la note à tous les sons audibles, à ceux dont on peut reconnaître la cause, à ceux auxquels on sait donner un sens, à ceux, enfin, auxquels on accorde une valeur esthétique (comme quelques secondes de musique : on reconnaît bien l'instrument, la cause, mais on s'attache surtout à la valeur de plaisir, d'expression qu'elles transmettent).
En 1952, soit au moment même où Schaeffer travaillait sur des sons de tous les jours, John Cage composait 4'33, une pièce totalement silencieuse, dans laquelle l'interprète doit se mettre en position de jouer de son instrument, le préparer, poser ses mains… mais ne produire aucune note ce qui met l'auditeur en situation d'entendre et de juger de manière esthétique les sons de l'environnement de la salle de concert, toux, frottements de chaises ,exclamations du public. Plus près de nous, Luc Ferrari et Jean-François Cavro ont créé des oeuvres musicales qui empruntent directement aux enregistrements de la vie de tous les jours.
Les sons pris et présentés ici l'on été dans une perspective plus expérimentale dans le cadre d'une réflexion sur l'écoute : que se passe-t-il lorsque l'on écoute des sons que l'on a enregistrés sans plus de souci esthétique qu'en a celui qui photographie un dîner de famille? Où passe la frontière entre le jugement esthétique, le témoignage? Comment l'enregistrement, le passaged'un registre à l'autre transforme-t-il notre perception du temps, du monde?