de Franck Laroze (direction artistique, texte & voix) & Charles-Eric Péard (composition & réalisation sonore)
(© EvidenZ - Franck Laroze & Charles-Eric Péard, 2012: tous droits réservés)

Huntsville, Texas, États-Unis : « capitale » de la peine de mort par injection létale.
Située au Texas, entre Dallas et Houston, Huntsville compte 34 000 habitants dont 6 700 sont employés par les 7 prisons de la ville pour surveiller 13 000 détenus, en particulier ceux d'Ellis One Unit, centre de détention pour les près de 400 condamnés à mort en attente de leur exécution par injection létale.
À Huntsville, la mise à mort obéit à un rituel immuable. En présence de dix témoins, de cinq journalistes et d'un prêtre installés dans des pièces vitrées attenantes, le condamné est sanglé sur une table, mis sous perfusion. Il prononce ses dernières paroles. Dans une autre pièce, derrière une glace sans tain, le bourreau, un volontaire anonyme, injecte une solution chimique qui endort le condamné, bloque sa respiration et stoppe son cœur. La mort survient en six à sept minutes. (...)
Jack Lang, Le Monde, 6 mars 1999
Le texte & ses diverses adaptations
Élégie de 88 strophes écrite en 1994, d’abord publiée en 1995 par extraits (revue Aube magazine n° 54), puis intégralement en mai 1998 aux éditions Bérénice & lue par extraits le 23 juin 1998 sur France Culture dans l’émission d’André Velter « Poésie Studio », Huntsville, la honte du monde a révélé Franck Laroze comme un « poète dramatique engagé ». Suite à deux lectures à guichets fermés en février 1999 au Théâtre Molière/Maison de la Poésie de Paris, le texte y fut adapté dans une première version en mai 1999 pour le théâtre en monologue de gardien durant 6 semaines (prolongations en raison du succès et avec le soutien amical d’Amnesty International dans le cadre de sa campagne contre la peine de mort aux États-Unis) avant d'être repris, puis en 2001 dans une version 2 également adaptée avec divers personnages & nouvelles technologies (Huntsville, l’Ordre du monde, éd. du Laquet 2001) au Théâtre Gérard Philippe/CDN de Saint-Denis (dir. Stanislas Nordey), et enfin dans une version 3, mêlant les deux premières, au festival Off d’Avignon en 2004.
Cette version 4 "sonore", enregistrée par l'auteur & magnifiée par la composition sonore de Charles-Eric Péard, clot donc un cycle débuté il y a près de 15 ans.
Au-delà de la mise en scène de l’angoisse du condamné à mort sur laquelle se calque celle du poète, et de la dénonciation de la peine de mort infligée par les moyens les plus scientifiques dans un pays qui se veut le chantre des valeurs des Droits de l’homme dans le monde entier, c’est toute une « pensée de mort » de la civilisation occidentale, historiquement repérable, que ce texte tend à mettre en lumière, sous-tendu par un questionnement sur l'efficience d'une telle dénonciation & une mise en abyme de la création littéraire.
C'est au nom de l'urgence de dire, de l'absolue nécessité d'extirper la honte que Franck Laroze s'accroche dans son texte jusqu'à en débattre presque physiquement. Il enrage donc et ressasse encore dans ces pages où la vache texane ne nous lâche jamais de son regard torve de bovin qui devine déjà, dans sa grasse prairie, le terminus de l'abattoir. La poésie de Franck Laroze est métallique et tranchante comme un couperet. C'est une poésie au Je affirmé où le poète est à l'avant-scène et ose proférer la souffrance individuelle et l'absurdité collective. Artaud revendiquait cette manière-là.
Extrait d'un article de Francis V. Mérino paru dans le numéro 9-10 (Printemps-Eté 99) de la revue Calamar
Quatrième de couverture
La poésie est la parole vouée à tuer la mort, du moins à l'affronter, et le poète, celui qui accueille cette parole nécessaire à tous. Mais encore faut-il que la mort soit juste, c'est-à-dire naturelle. Or, quand une nation, qui se dit la plus moderne au monde, pratique toujours massivement et impunément la peine de mort avec les moyens les plus modernes, et quand cette même nation prétend régenter le monde de sa morale archaïque, le premier devoir du poète n'est-il pas de réagir aussi vigoureusement que possible ? Désormais, cette honte-là, celle du crime orchestré, ne pourra plus passer par pertes et profits.